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Petites entreprises : des patrons parient sur le handicap !

Les petites et moyennes entreprises sont un vivier important d'emploi de travailleurs handicapés. Le point avec Bernard Cohen-Hadad, président de la CPME Paris Île-de-France, partenaire du salon de recrutement Hello handicap PME qui leur est dédié.

3 février 2019 • Par

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Handicap.fr : C'est la première fois que vous êtes partenaire du salon de recrutement en ligne Hello Handicap PME, du 13 au 15 février 2019 (lien ci-dessous). Quelles sont vos motivations en tant que confédération ?
Bernard Cohen-Hadad : Lorsque je suis arrivé à la CPME (ndlr : Confédération des petites et moyennes entreprises), il y a maintenant une dizaine d'années, on m'a demandé de m'occuper de la non-discrimination et de l'égalité des chances et il m'a semblé que cela concernait aussi les personnes en situation de handicap. On a tendance à les oublier, surtout dans les PME, alors que, pour nous, entrepreneurs, elles constituent l'élément clé d'un regard nouveau sur le vivre ensemble en entreprise. Il est également important de coller à la réalité du monde qui nous entoure... Aujourd'hui, beaucoup d'entre nous sont "valides" mais pas à l'abri d'un accident. D'autre part, tous les handicaps ne sont pas visibles et donc, parfois, les personnes le cachent, elles savent que le dévoiler ce n'est pas s'ouvrir la porte des entreprises. Dans mon entourage, je ne connais pas directement de personne handicapée mais, dès mon arrivée à la CPME, j'ai voulu lever ce couvercle et crever ce plafond de verre. Quand je suis arrivé à la présidence de la CPME d'Île-de-France, il y a trois ans, j'ai mis la réflexion sur le handicap dans les PME et les TPE (ndlr : très petites entreprises) au coeur de mes actions.

H.fr : Mais les choses évoluent ces derniers temps ? On parle de plus en plus des atouts des « talents atypiques », même si on a tendance à se focaliser un peu trop sur les autistes Asperger avec des compétences parfois exceptionnelles...
BCH : Je pense qu'on a progressé mais c'est encore difficile pour beaucoup d'entrepreneurs de sauter le pas. Alors que l'on est de plus en plus instruit et informé, on a toujours du mal à sensibiliser et à concrétiser l'embauche d'une personne handicapée. C'est pour cela que je m'implique à titre personnel et que j'ai souhaité engager la CPME dans une réflexion de long terme parce que je suis un peu désabusé d'aller dans des colloques où l'on nous parle tout le temps de l'arbre qui cache la forêt... Je veux utiliser les bonnes pratiques car il y a un vrai enjeu pour nous, patrons de TPE et PME, à recourir à ces sensibilités nouvelles. Une entreprise vit aussi avec des personnes en situation de handicap, comme avec des personnes issues des banlieues ou de telles ou telles origines. Pour moi, l'entreprise est citoyenne et représente une zone d'intégration sociale et de vivre ensemble.

H.fr : En tant qu'entrepreneur, comment essayez-vous de le concrétiser au quotidien ?
BCH : Le problème c'est que, dans mon entreprise de courtier et assurance, nous ne sommes que trois mais je sollicite souvent des stagiaires et, dès que je le peux, j'ai recours à ces profils atypiques. Il m'est arrivé d'embaucher, pour un poste de secrétaire, des femmes et des hommes qui avaient la phobie du téléphone, et c'est aussi un handicap de perdre tous ses moyens en parlant à une tierce personne. Nous fournissons un vrai travail d'inclusion social et économique.

H.fr : Pour un entrepreneur, quel est le frein majeur à l'embauche d'une personne handicapée ?
BCH : La méconnaissance. Beaucoup de nos entrepreneurs ne connaissent pas les dispositifs et des solutions d'accompagnement. On parle souvent des problèmes d'accessibilité dans les locaux mais on communique peu, par exemple, sur les troubles psychiques et on reste sur des schémas anciens. Il faut que l'on arrive à sortir des fausses "bonnes intentions".

H.fr : Comment parvenez-vous à sensibiliser les managers que vous représentez ?
BCH : Nous faisons de la pédagogie, des ateliers, des diagnostics et favorisons les échanges entre entrepreneurs et associations dont c'est le métier d'accompagner les personnes handicapées dans la recherche d'un emploi. Nous faisons en moyenne 1 000 diagnostics "handicap" par an et proposons 800 emplois. Nous organisons 50 évènements de job dating, en partenariat avec Cap emploi et les ESAT notamment, des Duo-day (ndlr : un travailleur handicapé à la rencontre du milieu ordinaire le temps d'une journée), nous allons dans les écoles parler de nos métiers et expliquer comment les jeunes en situation de handicap peuvent intégrer une entreprise.

H.fr : Comment mobiliser les patrons des TPE qui ne sont pas soumises à l'obligation d'emploi ?
BCH : Nous ne mobilisons pas sur le handicap mais sur la compétence. Un salarié doit d'abord correspondre aux attentes d'un chef d'entreprise, surtout dans les TPE. Ce n'est pas toujours facile dans la petite industrie... Dans l'entreprise, un poste peut être aménageable ou non, selon le type de handicap. Nous essayons de faire beaucoup de pédagogie et avons mis en place des matinales, où l'on reçoit des professionnels, des médecins. Nous avons même créé un poste de "chargé de bonheur" ; tous les salariés ont pu sortir de leur routine quotidienne, cette personne allait les chercher à leur domicile et les accompagnait sur le trajet pour connaître les difficultés et contraintes de chacun. Pour que l'on puisse se parler…

H.fr : Comment expliquer que les PME sont parfois plus mobilisées que les grandes entreprises ?
BCH : Par une implication sociétale plus forte... Mais les TPE et PME n'ont pas les moyens de faire savoir qu'elles le font naturellement. Le monde des TPE et PME colle au territoire et va à la rencontre.

H.fr : Quel est l'intérêt d'un salon comme Hello handicap PME pour le secteur ?
BCH : Un salon est toujours une belle vitrine car cela permet à des entrepreneurs et à ceux qui ne le sont pas de se rencontrer, numériquement ou non. Contrairement à d'autres plateformes communautaires, ce salon est ouvert. Faire se rencontrer, à travers des échanges web, des grandes entreprises, des moyennes et des petites, c'est aussi important, il faut arrêter de cloisonner.

H.fr : Quel avantage le numérique peut-il offrir ?
BCH : L'intérêt est de ne pas avoir à se déplacer, aussi bien pour l'entrepreneur que pour le candidat en situation de handicap. D'autre part, le numérique peut toucher plus de monde et permet un rapport extrêmement rapide. Il a aussi le mérite d'une certaine pudeur.

H.fr : Ce type de salon en ligne est-il une facilité pour les patrons de TPE qui sont sur tous les fronts et ne bénéficient pas, contrairement aux grandes entreprises, de mission handicap ?
BCH : Le temps de la décision, de la mobilité et de l'écoute ne sont en effet pas les mêmes. Ce sont de véritables chefs d'orchestre, et ce type de recrutement leur permet de mieux s'organiser.

H.fr : C'est la première fois que vous êtes partenaire ?
BCH : Oui, tout comme la CPME Pays-de-Loire. Nous ne sommes pas à la recherche de partenariats multiples mais souhaitons travailler avec des organismes qui correspondent à notre éthique. L'idée, à terme, c'est de sensibiliser d'autres branches au niveau départemental puis national.

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"Tous droits de reproduction et de représentation réservés.© Handicap.fr. Cet article a été rédigé par Emmanuelle Dal'Secco, journaliste Handicap.fr"

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