30 ans de l'Agefiph : un anniversaire sous tension

Résumé : 2016, année de transition, 2017, année anniversaire. Pour ses 30 ans, l'Agefiph entend mobiliser tous les acteurs de droit commun pour booster l'emploi des travailleurs handicapés. Stratégie indispensable pour faire face à la baisse de ses moyens !

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L'Agefiph prétend en 2016, année de « transition », avoir « revisité les fondamentaux ». Le mardi 23 mai 2017, le fonds rendait publics les résultats 2016 de ses actions en faveur de l'emploi des personnes handicapées (doc en lien ci-dessous). Dans un contexte de chômage persistant à un niveau élevé, l'association a augmenté de 3% ses résultats en matière de placements aidés, de créations aidées, de contrats en alternance et de maintiens aidés (1% pour l'insertion et 8% pour le maintien). En 2016, deux mesures phares sont venues consolider ses engagements : les travailleurs indépendants handicapés peuvent désormais être comptabilisés dans le quota des entreprises et le dispositif d'emploi accompagné a été mis en œuvre en France (articles en lien ci-dessous).

Budget critique !

Pour la première fois en 2016, les collectes de l'Agefiph (sommes payées par les entreprises qui ne satisfont pas au quota de 6% de travailleurs handicapés) sont en hausse, de 0,7% -la reprise économique a permis la création de nouvelles entreprises qui n'ont pas encore entrepris des démarches dans ce domaine et doivent donc s'acquitter de contributions-, soit 404,5 millions d'euros. Mais le budget global dont dispose le fonds, si l'on tient compte des produits financiers, s'élève à 438 millions, soit en très légère baisse par rapport à 2015. Or 450 millions ont été engagés pour accompagner les travailleurs et entreprises, ce qui le contraint à puiser dans ses réserves. Elles seront officiellement à sec d'ici fin 2017 (article en lien ci-dessous). Face à l'urgence, le défi de l'Agefiph est donc de faire mieux avec moins. L'effet choc de simplification ? Selon Anne Baltazar, présidente du fonds, « les aides doivent être moins nombreuses et plus facilement identifiables » tout en s'accordant la possibilité de créer des « aides auxiliaires » lorsque la personne ne « rentre dans aucune case ». Elle parle même de « big-bang » de l'offre.

Priorité à la formation

En décembre 2016, le CIH (Comité interministériel du handicap) définissait de nouvelles mesures pour l'emploi des personnes handicapées, qui misent notamment sur la diversification des métiers, le renforcement des Cap emploi ou la restructuration des financements de l'Agefiph et du Fiphfp (son équivalent pour le public). De son côté, l'Agefiph a défini ses priorités. Parmi elles, la sécurisation des parcours professionnels qui contraignent à agir avant que la situation de handicap ne survienne ; on dénombre 64 000 licenciements par an pour inaptitude en France, dont 96 % conduisent à une RQTH (reconnaissance qualité travailleur handicapé). Selon Didier Eyssartier, son nouveau directeur, « c'est bien le rôle de notre fonds d'agir plus tôt lorsque la personne est encore en emploi ». Mêmes ambitions dans le champ de la formation, qui reste un des enjeux majeurs ; l'Agefiph dit vouloir s'impliquer « autrement », en ciblant notamment son offre en amont des parcours de formation (par exemple dans le cadre de remises à niveau, du nouveau certificat professionnel CléA…), pour permettre, ensuite, d'accéder aux formations qualifiantes. À ce titre, l'alternance, via son plan 2013-2016, demeure son cheval de bataille, intégrée de manière pérenne dans son offre, même si le fonds observe une légère baisse des contrats signés en 2016, qu'elle explique par la reprise économique qui incite les entreprises à signer davantage de contrats en CDD et CDI. « Il faut surtout que les acteurs de droits communs se mobilisent pour lever les freins dans les parcours de formation », explique Anne Baltazar.

Viser les petites entreprises

Pour 2017, l'Agefiph a défini d'autres axes de progrès qui visent, en priorité, à mobiliser l'ensemble du monde social et économique. Pour ce faire, elle lance un plan d'action pour élargir ses réponses à toutes les entreprises (et pas seulement celles de 20 employés et plus soumises à l'obligation d'emploi) ; elle entend ainsi proposer une « offre socle » pour « informer, sensibiliser et accompagner », en développant des « outils personnalisés ». « Nous répondons aux besoins des PME et TPE qui nécessitent un accompagnement spécifique car elles n'ont pas les moyens d'avoir des missions handicap », poursuit Anne Baltazar. Un vivier à ne pas négliger puisque 50% des placements réalisés par Cap emploi en 2016 l'ont été dans des entreprises de moins de 20 salariés.

D'autres actions…

L'Agefiph prévoit également de mettre à disposition un « kit ressources » pour orienter la négociation collective, tout en répondant aux besoins spécifiques de certains secteurs (par exemple la banque, l'assurance…). Du sur-mesure pour s'adapter également aux particularités de certains territoires. L'Agefiph prévoit par ailleurs la création d'un centre ressources pour un meilleur partage des connaissances sur « emploi et handicap » avec, pourquoi pas, la possibilité de soutenir des travaux de recherche universitaires sur ce thème. Le fonds entend également être force de proposition auprès des pouvoirs publics et les conduire vers des solutions concrètes, en valorisant les expériences de terrain, comme ce fut le cas sur le dossier de l'emploi accompagné. In fine, faire mieux connaître ses actions et porter la parole des personnes handicapées auprès des différentes instances.

Une hausse dérisoire

Lourde tâche face aux réalités ; le taux d'emploi global de travailleurs handicapés dans le privé (qui comprend la sous-traitance, les accords entreprises, le recours aux travailleurs indépendants…) s'élève (chiffres 2014) à 4,1% (seulement 3,3% en emploi direct). Il gagne péniblement 0,1% chaque année. À ce rythme, combien de décennies pour atteindre les 6% imposés par la loi ? Rappelons qu'en France, le nombre de personnes en situation de handicap en capacité de travailler ne cesse de croître ; parmi elles, 938 000 sont en emploi (contre 700 000 en 2011). Une recrudescence qui s'explique par l'augmentation de l'espérance de vie, le recul de l'âge de départ à la retraite mais aussi par une structuration de l'accompagnement moins stigmatisant qui encourage les travailleurs à demander une reconnaissance. Leur taux de chômage (19%) reste néanmoins deux fois supérieur à la moyenne nationale. De quoi se réjouir ?

30 ans en 2017

2017 est pourtant à la fête. C'est en effet le trentième anniversaire de l'Agefiph, enfanté par la loi de 1987 qui instaurait l'obligation d'emploi des personnes handicapées dans les entreprises privées. Pour cette occasion, il investira la toute nouvelle scène musicale de l'île Seguin (Boulogne-92) le 8 octobre 2017. Signe d'une nouvelle partition ?

© foto_tech/Fotolia

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"Tous droits de reproduction et de représentation réservés.© Handicap.fr. Cet article a été rédigé par Emmanuelle Dal'Secco, journaliste Handicap.fr"


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