Handicap invisible : suivre des études sans décrocher !

Résumé : 95% des cas de décrochage sont liés à des handicaps invisibles ! Comment mieux les prendre en compte dans l'enseignement supérieur et, in fine, dans l'emploi ? Sciences Po se lance dans cette recherche pionnière.

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Dans plus de 95% des cas rencontrés, la phase de décrochage en études supérieures est en lien avec une situation de handicap invisible. C'est ce que constate Sciences Po d'après ses premières évaluations menées en 2017. Dans ce contexte, comment faire face à un afflux croissant d'apprenants, de tous âges, en situation de handicaps dits « invisibles » (autisme, troubles Dys, troubles psychiques), dont certains nécessitent une prise en charge particulière ? Le monde de l'insertion professionnelle partage aujourd'hui avec celui de l'enseignement cet enjeu. Les mesures de compensation actuelles se situent essentiellement en périphérie de la salle de cours (attribution de tiers-temps, compensations humaines ou techniques...) mais encore peu de réponses concernent les modalités de transmission et d'évaluation des savoirs.

Une recherche pionnière

Depuis 2016, Sciences Po s'est donc engagé dans un travail de recherche menant à des innovations pédagogiques autour de ce type de handicaps. À partir d'expérimentations in situ et d'analyses de recherches menées par d'autres universités, la grande école française a développé des méthodologies exploitables en interne comme en dehors de ses murs. En 2017, avec le soutien de l'Agefiph (fonds pour l'emploi des personnes handicapées dans le privé), elle a essaimé les résultats de ses innovations sous forme de journées de formation dans 8 régions, à destination de l'ensemble des communautés pédagogiques, organismes de formation, centre d'apprentis, OPCA, enseignement supérieur…

Une nouvelle convention

Forts de ces résultats, et encouragés par les expériences engagées en septembre 2017 avec l'université McGill au Canada, Sciences Po, l'Agefiph et le Fiphfp ont pour ambition, en 2018 et 2019 -une nouvelle convention a été signée en décembre 2017-,  d'analyser les besoins des étudiants en situation de handicap et de chercher, à travers l'innovation pédagogique, des solutions adaptées. « C'est une démarche inédite de Sciences Po qui se nourrit de la recherche en sciences cognitives, explique François Martinez, en charge de l'innovation, de l'expérimentation et de la prospective au sein de l'Agefiph (interview complet en lien ci-dessous). On est bien sur le champ pédagogique avec l'objectif de trouver des actions pour les étudiants en situation de handicap qui en seront les premiers bénéficiaires. C'est certainement quelque chose de très pionnier ». Ce projet vise un enseignement inclusif, profitable à tous. « Nous souhaitons essaimer le résultat de ces recherches et expérimentations auprès de l'ensemble des universités  », ajoute Marc Desjardins, directeur du Fiphfp.

Trois axes de recherche

Trois axes de recherche seront expérimentés entre janvier 2018 et décembre 2019. Le premier porte sur l'amélioration des apprentissages et la prévention du stress. Intitulé « atelier de méthodologie des apprentissages », il est proposé à un panel d'étudiants de première année a priori non en situation de handicap, souvent peu armés en termes de méthodologie de travail aux études supérieures. Il fait appel à la métacognition : comment apprendre à apprendre, en autonomie, gérer son stress ? Le second axe est la poursuite des travaux de recherche autour de l'accompagnement des publics étudiants en situation de décrochage et/ou de difficultés d'orientation professionnelle, liées à une situation de handicap complexe. Enfin, le troisième consiste à transférer les recherches engagées en 2017 dans le champ de la formation. « D'autres pistes encore concernant les examens, poursuit François Martinez. Comment les aménager pour les personnes en situation de handicap, de quelles façons poser les questions et vérifier que l'apprentissage est bien acquis ? C'est un champ d'exploration important qui nous intéresse au niveau professionnel. Par exemple comment ne pas mettre une personne avec troubles autistiques en échec lors d'un entretien de recrutement. »

Quel programme en 2018-2019 ?

Programme chargé en 2018 avec, dès février, une web-série de sensibilisation au handicap (sur le blog du Pôle handicap de Sciences Po, la plateforme ressources de l'Agefiph et le site internet du Fiphfp), ainsi qu'une version 2 augmentée du guide sur l'innovation pédagogique et les handicaps cognitifs et psychiques de Sciences Po. Une grande journée d'études sur ce thème est prévue en octobre 2018 tandis qu'un espace « ressources » ainsi que la publication d'articles sur le blog du Pôle Handicap de Sciences Po doit reprendre l'ensemble des productions. D'autres actions à venir en 2019… Cette recherche, source d'innovation pédagogique, a un mérite : être transposable à d'autres publics, pas seulement en situation de handicap.

©  WavebreakMediaMicro/Fotolia

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"Tous droits de reproduction et de représentation réservés.© Handicap.fr. Cet article a été rédigé par Emmanuelle Dal'Secco, journaliste Handicap.fr"


Commentaires

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Le 16-02-2018 par N-69 :
Moi je voulais retourner en lycée mais on m'a dit que je me ferai moquer alors que c'est aux lycées de s'adapter

Le 16-02-2018 par rosier :
Cela a été mon cas après 4 ans d'études à l'université et une incompréhension de mon handicap avec des troubles anxio dépressif qui se développent. J'ai dû arrêté mes études. Je milite pour une asso nationale maintenant et souhaite apporter ma contribution dans la réflexion .

Le 17-02-2018 par MAGRISO :
La surdité est aussi un handicap invisible. Elle demande un accompagnement dans les études ainsi qu'un geste de solidarité. Les études demandent un effort, une écoute, une prise en charge n'a toutes les domaines !

Le 17-02-2018 par sdh :
Je m'interroge sur l'intérêt d'une telle étude, alors que l'on n'a aucune connaissance précise du nombre d'élève en situation de handicap qui arrivent à décrocher le baccalauréat... Le statut d'étudiant en situation de handicap dépend de variables multiples et variés, et, en France, le sujet est de l'ordre de la vie privé.
En d'autres termes annoncer "95% des cas de décrochage sont liés à des handicaps invisibles" est bien, mais à partir de quel calcul se base-t-on ? On calcule 95% de quel chiffre ???? Je ne comprends pas la pertinence de cette étude... Désolé... (suite sur le fb de handicap.fr)

Le 26-02-2018 par Claire :
Voilà en soin depuis des années pour un trouble bipolaire, je prépare cette année le CAPES avec le CNED.(Des cours qui me coûtent chers, j'ignore s'il existe une aide financière dans mon cas?)
Mais l'instabilité de mon humeur n'est pas compatible avec la réalisation de mon projet et sans cet objectif mon quotidien n'est qu'un enfer dans lequel je tente de survivre. Je préparais sérieusement depuis des mois ce concours et là je rechute dépressive! Seule, en souffrance et doutant que qui que se soit puisse m'aider... encore à devoir me faire une raison que ce que je suis est incompatible avec le métier que j'aimerai faire (déjà à l'étape du concours)
Dure réalité, oui j'oserai espérer que la seule solution n'est pas de prendre toujours plus de médicaments!

Le 26-02-2018 par lolo :
Cette étude a l'intérêt d'exister toute initiative en faveur du handicap est positive et celle-ci est + que pertinente !

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