Période de crise !!

Résumé : Nous avons eu la chance d'entrer en contact avec Yannick Lebreton, qui est resté 11 ans délégué régional de l'Agefiph, il nous accordé un entretien avant de quitter cette institution.

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Délégué de Bretagne depuis 1997, une région qui fut à la source de la plupart des mesures d'aide à l'insertion, il nous fait part de son point de vue sur l'emploi des travailleurs dans cette région comme de la crise que traverse l'Agefiph à quelques mois du vote de la loi d'égalité des chances.

« La Bretagne a toujours été dans l'innovation et plus particulièrement au moment du plan exceptionnel durant lequel nous avons travaillé sur des secteurs jusqu'alors exclus, tel le travail protégé et l'action auprès des autistes. Un travail réalisé grâce à la collaboration d'un réseau d'employeurs. Mais à la fin du plan exceptionnel en 2002 la plupart de ces initiatives durent être abandonnées faute de financement, en dehors de celles qui sont apparues les plus efficaces. Pour assurer leur continuité nous avons trouvé des financements auprès du Fonds social européen et des conseils généraux de la Région. Aujourd'hui, face aux perspectives de la loi l'Agefiph se pose beaucoup de questions et rien ne semble certain quant au maintien des mesures développées au cours de ces dernières années. L'Agefiph craint de se retrouver devoir financer des réseaux d'insertions spécialisés supplémentaires, dont un pour les personnes handicapées visuelles et un pour les personnes handicapées auditives. Ceci demanderait bien de nouvelles compétences et donc des effectifs supplémentaires. Mais ce n'est pas tout, la réforme du secteur protégé risque de faire tomber celui-ci dans les compétences de l'Agefiph qui se retrouverait du coup devoir financer en sus des formations, des aménagements de postes et diverses mesures en faveur d'une population qui jusqu'à présent ne bénéficiait pas de ces aides. Un problème d'autant plus lourd que compte tenu de son profil le secteur protégé ne serait redevable d'aucune cotisation envers l'Agefiph. »

Face à ces constats l'Agefiph se doit de recentrer son activité sur les actions d'insertion mais si l'Etat impose de nouvelles charges, ce sera au détriment des individus qui cherchent un emploi. « Les collectes de l'Agefiph sont stables alors que les demandes d'intervention augmentent, pour notre seule région en 2003 le montant des cotisation se montait à 10,8 millions d'euros contre une redistribution de 26,5 millions d'euros. Comme vous vous pouvez le constater le rapport est de 2,5, ce qui rend impossible toute évolution. Le développement et la promotion des mesures n'ont fait qu'aggraver la situation et aujourd'hui on diffère tout nouveau développement en fonction de la loi, pour être certain de ce que nous aurons à distribuer. Nous refusons tout nouveau projet qui ne soit pas en relation directe avec notre cœur de métier, aussi nous demandons un cofinancement à la plupart des porteurs de projets ».

L'Agefiph est dans une logique d'actions d'insertion et non pas de structure et même la Semaine pour l'emploi des personnes handicapées qui a lieu en novembre va pâtir de cette austérité. Elle se désengage d'une partie de ses engagements pour sauver les meubles avant la tempête. Il n'est pas aujourd'hui exagéré de dire que si toutes les mesures prévues dans la loi au niveau insertion professionnelle sont votées, l'Agefiph se retrouverait en cessation de paiement en 2007.

Mais sur le terrain quelle est la situation en Bretagne ? Malgré les tensions cette région fait figure de premier de la classe puisque son dynamisme l'amène aujourd'hui à avoir un taux d'embauche de travailleurs handicapés de 5,5% alors que la moyenne nationale est de 4,1%. Pour Yannick Lebreton, il n'y a pas de surprise : « Bien avant la création de l'Agefiph, nous avions des associations très actives et un réseau constitué de partenaires efficaces.Une réalité qui dure avec l'appui du MEDEF, de l'ANPE et des CAP Emploi. Mais je crois aussi que l'identification des personnes handicapées se fait plus facilement en Bretagne que dans d'autres régions car nous avons atteint une qualité d'intégration de bon niveau et la personne handicapée n'est plus stigmatisée ».
Mais quid de l'avenir ? Les entreprises ne sont pas des œuvres de bienfaisance alors qu'imaginer face à la suppression des catégories ABC de la COTOREP ? : « On peut craindre en effet que les entreprises n'embauchent plus de personnes lourdement handicapées et même si les exigences en nombre d'embauches seront plus importantes, les entreprises ne paieront certainement pas plus qu'aujourd'hui, du fait des modes de calcul !».
Comme on peut le constater cette loi inquiète mais nous en restons toujours dans le domaine des suppositions. À la question qui porte sur la création d'une caisse de la fonction publique qui devrait récolter des fonds dans le secteur public pour financer l'insertion de travailleurs handicapés dans fonction publique : « J'espère que ce ne sera pas un vœu pieu ! même si je pense que le taux d'embauche des travailleurs handicapés dans ce secteur est actuellement supérieur aux chiffres annoncés».

Comme on peut le constater, les 8 à 9 mois qui viennent seront difficile à vivre et la source de grandes modifications de comportements dans les associations comme dans les entreprises. Bien malin celui qui peut dire si cela va améliorer les chances de personnes handicapées.

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