Un véritable retour un arrière

Résumé : Nous avons demandé à Berthe Depaquis, responsable de la Mission Handicap des magasins Carrefour, de nous faire part de ses réflexions après la publication des premiers décrets d'application relatifs à l'emploi.

Par , le 

[BB]Handirect : La mise en application de la loi va-t-elle changer votre manière de faire ?[EB]

[BB]Berthe Depaquis :[EB] Nous continuerons à embaucher autant de personnes lourdement handicapées que de personnes légèrement atteintes. Bien sûr, notre taux d'emploi de travailleurs handicapés va chuter mais nous allons poursuivre notre action en faveur de l'insertion.

[BB]H : Pouvez-vous préciser ?

B.D :[EB] Nous allons perdre deux points et revenir à la situation qui était celle dans laquelle nous étions voilà six ans. C'est difficile pour les personnes qui s'étaient investies de voir leur travail mis à mal. Malgré les craintes que nous inspirait cette loi à venir, nous avions signé notre troisième accord d'entreprise début 2005, et nous allons nous y tenir, même si notre taux d'emploi va passer de 7,14 % dans le cadre de l'ancien calcul à 5,20 % ... Cela touche toutes les entreprises qui ont fait de l'embauche de personnes lourdement handicapées une démarche d'embauche comme une autre.

[BB]H : C'est assez paradoxal

B.D :[EB] Nous avions beaucoup embauché à plein temps et l'on aurait pu imaginer que ces efforts auraient été sinon récompensés, du moins reconnus. En fait, depuis que les embauches à mi-temps comptent de la même manière, on se retrouve presque pénalisé par rapport à d'autres entreprises qui s'étaient moins investies dans l'insertion professionnelle des personnes handicapées. Plein-temps, mi-temps, ce n'est pas une affaire simple à gérer. Il y a par exemple des postes fatigants, comme ceux qu'occupent les personnels en charge des caisses, où l'on trouve beaucoup de mi-temps. Nous verrons comment les choses vont évoluer.

[BB]H : Aviez-vous été consultés lors de l'élaboration de la loi ?

B.D. :[EB] Comme toutes les entreprises du Club Etre, nous avons été consultés et nous avons dit ce que nous pensions. Nous n'avons pas toujours été écoutés… Pas plus que les personnes handicapées elles-mêmes lorsqu'elles se sont mobilisées.

[BB]H : Pensez-vous qu'elle puisse avoir des effets néfastes ?

B.D. : [EB] On ne sait pas à qui profite la loi. On ne sait pas qui ses auteurs veulent pénaliser le plus : les entreprises ou les salariés lourdement handicapés ? Ce n'est pas notre cas puisque nous avons déjà les aménagements nécessaires, mais certaines entreprises ne vont plus embaucher de handicaps lourds. Ces mesures risquent donc d'être un frein à l'embauche, d'autant plus que les dossiers sont très lourds à monter. C'est d'autant plus dommage que ce n'est pas le sens de la loi.

[BB]H : Pour conclure ?

B.D. :[EB] Même si globalement la loi est décevante pour les salariés, nous avons pour notre part largement dépassé nos engagements et c'est ce qui compte. Dans le cadre de l'accord de 2005, nous avions prévu 250 embauches sur deux ans. Nous en sommes aujourd'hui à 230, avec une moyenne de 4 ou 5 % à 12 % selon les sites et les chefs de magasins ne changeront leur politique de recrutement.

Haut

Recevez la newsletter Handicap.fr