Fonction publique : "un défi génial, réinventer le travail"

Résumé : Quel bilan pour l'emploi des personnes handicapées dans la Fonction publique? Le Fiphfp* mise sur l'accompagnement pour relever un "défi génial", réinventer le travail. La parole à André Montané et Jean-Charles Watiez, président et directeur.

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*Fonds pour l'insertion des personnes handicapées dans la Fonction publique

En France, 452 000 travailleurs en situation de handicap étaient au chômage à la fin de l'année 2014, soit 9% de plus qu'à la fin 2013. Ironie du sort, ce taux record dans l'histoire est publié en 2015, alors même que nous fêtons les dix ans de la loi du 11 février 2005 pour l'égalité des droits et des chances, la participation et la citoyenneté des personnes handicapées – loi qui a révolutionné la politique du handicap en France, et particulièrement l'emploi. Parachevant un édifice législatif déjà bien bâti et porté sans relâche pendant trente ans par la volonté personnelle de Jacques Chirac, la loi de 2005 s'inscrivait, dans l'esprit, dans la continuité de la loi du 30 juin 1975 d'orientation et de celle du 10 juillet 1987 en faveur de l'emploi des travailleurs handicapés, obligeant tout employeur de plus de 20 salariés à embaucher au moins 6% de personnes en situation de handicap. Pour autant, la loi de 2005 marque une rupture profonde dans le droit positif, en introduisant la dimension nouvelle et essentielle de droit à compensation. La déficience, une fois compensée, permet désormais à toute personne en situation de handicap d'être et de vivre pleinement sa citoyenneté.

Loi 2005 : un pari ambitieux

Nous fêtons cette année une loi d'égalité des droits et des chances pour les personnes en situation de handicap, dans leur accès aux soins, au logement, à l'école, à la formation, à l'emploi, à la citoyenneté. Nous fêtons un pari ambitieux, celui de doter la France d'un véritable projet en matière d'emploi et de handicap. Nous fêtons les dix ans de l'une des toutes premières vraies lois du « vivre ensemble ». Et en dix ans, que de chemin parcouru ! Le pays et les institutions ont changé dans leur attitude et dans leur regard sur le handicap, allant vers une société plus inclusive. En témoigne la progression significative du taux d'emploi de personnes en situation de handicap, tant dans le secteur privé (plus de 3%) que dans le public (près de 5%). En dépit d'avancées et de progrès visibles, ce dixième anniversaire de la loi de 2005 nous laisse un goût de trop peu et de nombreux questionnements. Si le taux d'emploi continue de progresser, comment pallier le taux de chômage encore alarmant des personnes en situation de handicap ? En particulier, comment pérenniser l'emploi du tiers de la population atteinte de déficiences psychiques ou de détresse psychologique ?

Et chez nos voisins ?

Des éléments de réponse peuvent se trouver chez nos voisins continentaux. Depuis une quinzaine d'années, certains pays d'Europe (Norvège, Finlande, Suède, Italie, Espagne, Belgique…) pratiquent l'inclusion de toutes les personnes en situation de handicap dans l'emploi, via une politique d'emploi accompagné, dénommé supported employment. Dans leur sillage, la Commission européenne s'est saisie du sujet (Supported Employment for people with disabilities in the EU, Study Report, May 2011) et la France s'engouffre progressivement dans ces nouvelles pratiques, donnant pleinement son sens au principe de compensation. L'accompagnement, c'est quoi ? C'est créer les conditions pour recruter et maintenir dans un collectif de travail les personnes les plus éloignées de l'emploi. C'est un dispositif souple, permettant aux divers acteurs impliqués (salarié concerné, médecin du travail, médecin traitant, collectif de travail…) de construire un accompagnement personnalisé en fonction des besoins de la personne, allant du soutien médico-psychologique au tutorat, en passant par toute forme de suivi sur le lieu de travail

« Accompagement » : un concept riche

Dix ans après l'apparition du droit à compensation, nous voilà enrichis du concept d'accompagnement, et forts d'une triple révolution dans nos politiques. D'abord pour les personnes en situation de handicap, l'accompagnement correspond somme toute à une forme particulière de compensation, permettant à chacun de participer à son propre processus d'intégration. Ensuite, bénéficier d'un accompagnement n'est pas un avantage ; c'est se doter d'un prisme pour regarder la société autrement, en considérant chaque citoyen dans sa dignité, ses potentialités et ses ressources pour le collectif et non dans ses déficiences par rapport à un environnement normé. Allant plus loin que le handicap, accompagner c'est (re)construire des approches relationnelles dans la cité à tous les âges, y compris permettre aux personnes âgées de vivre autonomes le plus longtemps possible. Enfin, au niveau des collectifs de travail, accompagner c'est responsabiliser les employeurs et les RH, en les incitant à mieux connaître les personnes accompagnées et par extension l'ensemble de leur personnel. Et ça marche : des dizaines d'employeurs publics et privés ayant adopté une démarche d'accompagnement retrouvent par là-même un moyen de renforcer l'intelligence collective de leurs équipes. Accompagner permet en somme d'améliorer le climat social de nos lieux de travail et de changer nos organisations de l'intérieur.

Un défi génial : réinventer le travail

Finalement, la loi de 2005 nous a lancé il y a dix ans un défi génial : celui de réinventer le travail. Plutôt que de faire le constat d'un bilan mitigé, voyons-y une opportunité d'échapper au déterminisme des grands métiers structurants des secteurs public et privé et d'adopter une nouvelle acception de la gestion des ressources humaines qui intègre à son vocabulaire les mots de compensation et d'accompagnement. En somme, de dépasser le « vivre ensemble » pour « être et vivre ensemble ».

Pour aller plus loin : Guide pour l'accompagnement des agents en situation de handicap au cours de leur vie professionnelle, Conseil scientifique du FIPHFP, Éditions Chronique sociale, 2015

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"Tous droits de reproduction et de représentation réservés.© Handicap.fr. Cet article a été rédigé par Emmanuelle Dal'Secco, journaliste Handicap.fr"


Commentaires

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Le 28-10-2015 par titi37 :
Mitterrand disait qu'il fallait donner du temps au temps.
C'est ce qui se passe, rien n'a changé.
"se doter d'un prisme pour regarder la société autrement" Il serait temps... Nous ne sommes plus en 1975.
A quand le revenu minimum d'existence ? Le travail à la carte ? Il faut en finir avec les réflexions du passé et les mots "creux" qui n'aboutissent à rien au final... Ces 2 messieurs ont l'air sympathique, mais que faut-il attendre concrètement ? Rien, et c'est bien normal, un technocrate bien placé (auparavant bien né souvent)ne changera rien à l'ordre établi, ce n'est pas son rôle.
Même quand on aura 15 millions de chômeurs, ce n'est pas sur que l'on change de "prisme"...

Le 30-10-2015 par alerte2015 :
je me demande pourquoi certains postes au services publics ne sont validées par des personne s qui remplissent pourtant tous les critères mais nous sommes dans quel pays en juste nous vivons c'est ça la vraie justice et soutien de notre pays

Le 30-10-2015 par SIMONPOLI Jean-François :
Accompagner les travailleurs en situation de handicap devrait être plus aisé lorsque l'employeur est l'Education Nationale.L'école inclusive concerne les élèves pas les enseignants.
6 ans pour retrouver une situation active acceptable. Instituteur, Docteur en sciences du langage, responsable de la MAFPEN puis de la communication et de lédition pour 5 Recteurs successifs lorsque ma Polio ne se voyait pas,je fus évincé lorsqu'un Syndrome Post polio fit son apparition rendant la polio visible. Si la prise en compte du handicap fut établie lapplication de la loi de 2005 ne suivit pas.
Lorsque le FIPH intervient c'est souvent sans coordination.
Par exemple: achat d'un oridinateur portable mais sans sac ni d'écran de bureau ni d'imprimante.
ou pour un repose pied etle changement des batteries d'un fauteuil électrique:8 mois.

Le 06-11-2015 par shana :
Il devrait être plus aisé aussi lorsqu'il s'agit de l'AP-HM. Licenciée au bout de 2 ans (sans motifs valables). Et oui, toutes ces belles paroles ne valent absolument rien, non les institutions ne suivent pas, non elles ne veulent pas de travailleur handicapée, il faut arrêter de croire que le monde il beau le monde il est gentil, nous ne sommes pas des bisounours..Au chômage depuis peu, je ne trouve plus d'emploi, je suis même obligée de ne pas mentionner mon handicap pour caresser l'espoir d'obtenir un entretien.Donc arrêtez de dire que les instituions ont progressé alors que c'est absolument faux, oui elles ont progressé dans la discrimination sournoise.

Le 29-11-2015 par HELENE :
J'ai aujourd'hui 56 ans et je travaille en transparence que cela plaise ou pas. Je déclare mon handicap depuis environ 3 ans : handicap psychique. Certains employeurs voudraient comprendre d'autres gardent le silence et vous donne une chance. J'en ai rencontré. J'ai également fait un stage pour apprendre à parler du handicap. Les employeurs ne sont pas des médecins. Je suis accompagnée médicalement et c'est ce qui faut leur dire. Maintenant si ils ne peuvent pas ... tant pis. Ce sera le chômage ou le paiement d'indemnités handicap qui ont été réévalués et s'ils préfèrent payer et bien qu'ils payent.

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