Coralie Michel, aller plus loin que le "simple recrutement"

Résumé : À la tête de la mission handicap de KONE, Coralie Michel fait de l'intégration professionnelle du handicap sa conviction. Une valeur forte pour laquelle elle travaille tout en portant un regard positif sur l'avenir du recrutement.

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Handicap.fr : Depuis combien de temps êtes-vous chez KONE ? Que représentait le handicap pour vous avant d'occuper ce poste ?
Coralie Michel : Je suis arrivée il y a dix ans, en décembre 2007, en tant que chargée de recrutement. À ce moment, le handicap était un sujet que je connaissais via mon entourage, puisque certains membres de ma famille sont en situation de handicap. Mais avant d'arriver ici, je n'avais aucun lien professionnel avec le handicap. Ça pouvait m'arriver de croiser des candidats en situation de handicap, mais plutôt par hasard. Avec cette mission, je suis en charge du maintien dans l'emploi, de différentes actions de coordination, de communication, de sensibilisation mais aussi des achats avec le milieu protégé.

H.fr : Pourquoi avoir décidé d'occuper cet emploi ? Comment êtes-vous arrivé(e) ici ?
C.M : On me l'a proposé dans le cadre d'un accord signé en 2009 sur l'insertion et le maintien dans l'emploi des personnes en situation de handicap chez KONE. Effectivement, il y avait tout à mettre en place et c'est le challenge du développement entier de cette politique qui m'a plu.

H.fr : Qu'est-ce qui influence, dans votre activité professionnelle, votre vision du handicap dans la société ?
C.M : La diversité des handicaps rencontrés. Nous n'avons pas toujours connaissance de l'ensemble des handicaps qui existent. Dans ce travail, il y a aussi des rencontres individuelles fortes. On croise des personnes aux histoires très différentes. Cela permet d'apprendre énormément de choses grâce à leur expérience et leur façon de voir. Ici, il y a aussi un énorme travail de sensibilisation et de confiance à faire pour que les travailleurs, majoritairement des techniciens de maintenance, communiquent sur leur handicap.

H.fr : Cela fait partie des défis, voire des obstacles, auxquels vous êtes confrontée ?
C.M : Il y a effectivement une réticence individuelle : la personne hésite avant d'entamer la démarche, de parler à son manager. Je constate en revanche une nette amélioration : les travailleurs qui communiquent aujourd'hui sont plus nombreux. Nous avons doublé le nombre de travailleurs avec une RQTH mais il reste encore des appréhensions à lever, des freins propres à chaque personne. Du côté des entreprises comme des candidats, il y a de l'appréhension. Chacun peut avoir des a priori en fonction de son histoire. Certains candidats ne postulent pas parce qu'ils ne s'en sentent pas capables. À ce moment-là, on échange et on finit par se rendre compte que des aménagements sont possibles et que l'anxiété n'a pas lieu d'être.

H.fr : Votre métier demande beaucoup d'investissement. Quel est pour vous l'intérêt de cet engagement ?
C.M : Ce métier fait du sens au niveau global ; il permet de faire évoluer l'entreprise, d'intégrer et de maintenir des employés en situation de handicap. Il peut aussi permettre d'aider un collaborateur en reconversion professionnelle. Quand je réussis à lui trouver un poste adapté ou qui lui convient mieux et que la personne me remercie, c'est très fort individuellement. C'est un petit plus valorisant. On va plus loin sur le simple recrutement ou le maintien dans l'emploi. Parfois, il s'agit aussi d'accompagner les gens qui reviennent au travail à la suite d'une longue maladie.

H.fr : Recruter une personne en situation de handicap est-il encore vécu comme une contrainte par les entreprises ?
C.M : Je ne pense pas qu'il y ait de réticence de la part des entreprises. En revanche, leurs exigences sont les mêmes qu'envers les candidats valides. On se tourne vers les mêmes écoles, qui heureusement, évoluent aussi. Le processus de recrutement est le même. En France, il y a aussi l'obligation, avec les accords d'entreprise, de créer des missions handicap, ce qui permet d'avoir des moyens d'action et un véritable budget dédié. Certains pays, comme en Scandinavie, n'ont pas recours à ces obligations parce que l'équité fait partie de leur culture. J'espère que nous arriverons à ce niveau un jour.

H.fr : Rechercher un emploi ou travailler avec un handicap sera donc plus simple dans quelques années ?
C.M : Oui, pour ceux qui auront le niveau de qualification requis. Ceux-ci devraient pouvoir s'intégrer dans l'emploi et y être maintenus. Aujourd'hui, il y a une grande différence entre ce que recherchent les entreprises et ce que veulent les candidats peu qualifiés. Il faut pouvoir continuer à faire le lien entre l'offre et la demande.

H.fr : Il est donc nécessaire de mettre l'accent sur la formation et la qualification des candidats ? 
C.M : Dans ce domaine, beaucoup de choses sont faites pour encourager les jeunes à poursuivre leurs études. Il faut insister sur les formations de reconversion en ce qui concerne les métiers qui peuvent recruter. Il y a parfois peu de candidats pour des postes très recherchés par les entreprises. Je pense par exemple aux profils de commercial. Alors que beaucoup de postes sont à pourvoir, très peu de candidats postulent parce qu'ils appréhendent peut-être l'itinérance ou la performance à atteindre. Pourtant, ce sont des postes sur lesquels ils pourraient se positionner. Idem pour les ingénieurs ou les superviseurs. Heureusement, les écoles de commerce et d'ingénieurs ont, elles aussi, des missions handicap grâce auxquelles nous pouvons faire le lien, mais peu de candidats sont proposés parce qu'ils s'orientent davantage vers des formations plus financières.

H.fr : Comment votre entourage perçoit-il ce que vous faites ?
C.M : Mes proches ont retenu le mot « handicap » mais pas l'ensemble de mes tâches. Dès que le sujet est abordé à la télévision, dans les journaux, on m'en parle. Mes enfants sont encore petits mais ont bien intégré ce sujet ! Ils posent des questions, font une remarque lorsqu'ils voient une place de parking réservée. Je suis surement plus réceptive, donc j'ai envie de les faire participer. S'il y a un atelier découverte handisport dans leur établissement scolaire, on fonce ! Dans l'ensemble il y a donc une attention particulière ; le sujet n'est pas du tout tabou, il intéresse. Me concernant, au-delà de mon emploi, le handicap est aujourd'hui une valeur qui fait partie de moi, comme une conviction.

H.fr : Vous vous voyez œuvrer en ce sens encore longtemps ?
C.M : Il y a plein d'autres sujets sur la diversité qui m'intéressent, comme l'équité entre hommes et femmes ou la diversité liée à l'âge. Là aussi, il y a beaucoup de choses à mettre en place, notamment dans les écoles d'ingénieurs en ce qui concerne l'égalité des sexes.

© Coralie Michel / xx / Fotolia

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"Tous droits de reproduction et de représentation réservés.© Handicap.fr. Cet article a été rédigé par Aimée Le Goff, journaliste Handicap.fr"


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